27 octobre 2006
SNCF et patriotisme économique
Une nouvelle fois, la France a réussi à se ridiculiser sur la scène internationale, en s'appliquant à elle même ce que personne d'autres ne s'applique. Ainsi donc la SCNF a chosi le canadien Bombardier pour réaliser quelques 200 rames de banlieue, un marché estimé à près de 4 Milliards d'Euros, contre la proposition d'Alstom.
Cette décision est extrèmement dommageable pour l'emploi sur les sites industriels d'Alstom, et révèle une vraie naïveté du gouvernement français et des entreprises nationales.
En effet, et même si l'on raisonne ne dehors de toute considération de patriotisme économique, que constate t'on ? Un acteur canadien, probablement très compétent, la n'est pas la question, mais qui vient successivement de remporter deux contrats de gré à gré pour le métro de MOntréal (1,2 Milliard de dollars), et celui de Toronto (700 Millions). Sur ces marchés, Alstom a été interdit de concourir puisque le gouvernement canadien a exclu le transport ferrovière et urbain des obligations que lui impose l'accord de l'OMC sur les marchés publics.
Forcément du coup, en faisant financer l'ensemble de ses développements par les marchés de gré à gré, il est nettement plus simple pour Bombardier de venir en France proposer une offre plus compétitive ! Par ailleurs, Alstom semble payer également le fait d'avoir conservé l'immense majorité de son appareil industriel en France, contrairement à Bombardier qui importe l'ensemble de ses pièces primaires de ses usines d'Europe de l'Est.
Au final, que constate t'on ? Une véritable distorsion de marché, avec une compétition où le challenger français commence avec les mains liés dans le dos, pas de marché protégé, et une exigence politique de réaliser les travaux en France, quitte à perdre un peu en compétitivité. Une nouvelle fois, l'emploi en France, et l'avenir de l'industrie française sont sacrifiés à l'autel des directives libérales que Bruxelles a négocié à l'OMC !
En tout cas, deux acteurs jouent gros dans cette affaire : le Conseil régional d'Ile de France, tout d'abord, qui devra expliquer à ses électeurs cette décision, qui menace gravement l'avenir d'Astom Transport ; la SNCF ensuite, qui sera bien mal placé pour nous sortir le couplet du patriotisme économique et des obligations de service public lorsqu'il s'agira de faire financer par l'Etat les lignes ferrovières transversales...
En tout cas, cette affaire est un superbe exemple d'application manquée du patriotisme économique, qui n'est après tout que la suite logique de ce qui s'appelait il y a une dizaine d'année la préférence communautaire...
Ségolène incorrigible...
Décidément, Ségolène Royal n'en finit pas d'innover, la dernière propositionen date n'étant rien de moins que de mettre en oeuvre des tribunaux populaires permettant de juger la classe politique structurellement malhonnête.
Cette proposition est à la fois mauvaise sur le fond, en ce sens qu'elle tourne le dos à tous les principes de la démocratie représentative, mais aussi sur ce qu'elle révèle de la façon dont Ségolène construit son projet.
Sur le fond, à part sous Robespierre et Saint Just, le mandat impératif n'a pas vraiment de précédant dans l'histoire de la République. Certes, et comme souvent avec les propositions de Ségolène, celle ci semble être une proposition de bon sens : intégrer des gens de tous milieux pour évaluer les politiques publiques, quoi de plus normal, et naturel. Pour autant on voit rapidement les dérives que portent ce démocratie du quotidien : le règne de l'urgence, la satisfaction permanente soit du plus grand nombre, soit du consensus mou, et surtout une classe politique incapable de prendre de la hauteur et de précéder les mouvements d'opinion, quitte à accepter temporairement de l'impopularité. Avec des jurys populaires, la peine de mort n'aurait jamais été abolie, pas plus que l'avortement légalisé.
Mais au delà même du fond, cette proposition est symptomatique de la démarche de Ségolène. Mardi, un sondage est publié dans la presse, qui indique que les français estiment leur classe politique en grande majorité corrompue. Le lendemain, Ségolène lance cette proposition dans la presse, sans aucune concertation, et prenant même toute son équipe de campagne par surprise, à tel point qu'on a pu entendre un Montebourg expliquer qu'il avait effectivement du mal à suivre par moment...
Bref au final, une mesure mauvaise et dangereuse, et surtout une méthode de gouvernement qui inspire de grandes craintes, tant elle s'inspire des mouvements d'opinion court terme. Plus la campagne avance, et plus les dangers de la démocratie participative sont mis en évidence. Est il encore temps d'arrêter le processus ?
15 octobre 2006
Sarkozy dans le texte
Jean Luc Porquet a rédigé un billet dans la rubrique "Plouf" du Canard Enchainé du 27 septembre dernier. J'espère qu'il me pardonnera de reproduire ici de larges extraits de ce billet, qui à mon avis est la meilleure illustration du danger porté par les discours du ministre de l'Intérieur. Le fil conducteur de l'article est d'imaginer un discours sarkoziste sur celui ci était ministre de la Justice et non ministre de l'Intérieur. Ne sont reproduits ici que quelques extraits de l'article.
" Il faut avoir le courage de le dire aux français, la police ne fait pas son travail ! Je ne jette pas la pierre à mon collègue ministre de l'intérieur, chacun agit selon ses compétences. Mais les faits sont la. Voyez les chiffres du "Figaro" qui établit le palmarès 2006 de la performance policière. La ville qui n'enorgueillit d'avoir les policiers les plus efficaces et Thionville. Et à Thionville, quel est le taux d'élucidation des crimes et délits ? 37,01%. Cela signifie que deux contrevenants sur trois se promènent librement dans la nature. [...] Je n'invente rien ce sont les propres chiffres de la Direction Centrale de la Sécurité publique. Croyez vous qu'une entreprise privée qui ait des résultats aussi désastreux aurait pignon sur rue ? Non, elle aurait fait faillite depuis longtemps. Elle aurait mis la clé sous la porte !
Alors je pose la question : pourquoi ? Pourquoi cet échec ? Parce que la police a démissionné. Parce que la police est laxiste. Qu'est ce que je lis dans le même "Figaro" ? Je lis l'interview d'un commissaire de Grenoble. Le brave homme explique comment il a réussi à être un peu plus efficace. Je cite : "80% des policiers grenoblois ont vu leurs horaires de travail modifiés, pour coller aux heures de présence des délinquants, notamment le soir et durant les week ends, jusqu'à deux heures du matin". Oui, vous avez bien lu, les flics grenoblois viennent de découvrir que les délinquants bossent surtout le soir et le week end ! Du coup ils ont "adapté leurs heures de présence" à celles des délinquants ! Mais il faut avoir le courage de le dire aux Français : c'est le signe que les policiers ne sortent plus de leurs bureaux. Comment voulez vous que les magistrats fassent respecter la loi si les policiers ne leur amènent pas les contrevenants à la loi ? Les magistrats ne peuvent pas faire tout, tous seuls. Il faut avoir le courage de le dire aux Français !
Quelle leçon tirer de ce texte en dehors de féliciter Jean Luc Porquet pour ses talents rédactionnels ? La principale est qu'il est particulièrement facile de s'appuyer sur le prétendu bon sens paysan du Français moyen pour construire un discours primaire, démagogique, et désespérément stérile en terme d'efficacité.
Pendant la campagne présidentielle, chaque discours, chaque déclaration de Nicolas Sarkozy devra être scrupuleusement analysé au regard de l'article ci-dessus. Espérons que nous serons suffisamment nombreux pour réaliser ce décryptage indispensable à un vote en connaissance de cause...
10 octobre 2006
Airbus, retrouver d'urgence la sérénité
Après une semaine de psychodrame, et un week end de rumeurs diverses et variées, le feuilleton Airbus semble prendre provisoirement fin avec la démission de Christian Streiff et son remplacement en direct par Louis Gallois...
Le paradoxe, c'est que Christian Streiff s'en va en disant qu'il n'a pas les moyens d'appliquer son plan de restructuration, Power 08, plan que son successeur a été explicitement chargé de mettre en oeuvre par le conseil d'EADS !
Ce qui est sûr, c'est qu'Airbus doit d'urgence retrouver les bons rails. Au-delà de retards ponctuels qui pouvaient sembler relativement anodins au premier abord, vue la taille du programme A380, c'est l'ensemble de l'entreprise qui semble souffrir de graves dysfonctionnements, en particulier dans les relations entre les différents sites d'assemblage... Le temps n'est plus malheureusement aux années fastes où Airbus taillaient des croupières à un Boeing empêtré dans des problèmes industriels et de management. Depuis 3 ans, Boeing a opéré une formidable mutation, en modernisant son appareil industriel, et en lançant avec succès une nouvelle génération de produits moins consommateurs de kérosène. A ce titre, le programme 787 est incontestablement un succès, et il faudra des années à Airbus pour se remettre à niveau sur ce créneau...
Aujourd'hui l'heure n'est plus aux compromissions et aux discussions de répartition de camembert entre la France et l'Allemagne. Personne ne conteste qu'Airbus est un symbole formidable de la coopération franco allemande et de la construction européenne, l'Europe industrielle des projets plus que l'Europe monétaire et libérale des derniers traités. Il n'est évidemment pas question de fermer le site de Hambourg pour rapatrier l'A380 sans contrepartie... Pour autant, des choix doivent être faits, en terme de rationalisation de l'appareil industriel, de probable fermeture / cession de site, et malheureusement de probable réduction d'effectifs. L'industrie aéronautique est une industrie cruciale pour l'Europe, en terme de performance, d'emploi, de préservation du savoir-faire technologique. De ce fait, Airbus doit redevenir l'entreprise compétitive et performante qu'elle a été par le passé.
Pour cela, le nouveau patron d'Airbus doit avoir les mains libres pour mettre en place les mesures nécessaires de convergence et de restructuration. Il faut d'urgence remobiliser l'entreprise (ce qui passe au passage par ne pas désespérer les équipes allemandes) sur un projet commun, rassurer les clients sur la capacité d'Airbus à livrer les produits, et préparer l'avenir. Pour Airbus, le renouvellement de la gamme A320, créneau où l'entreprise dispose d'une avance incontestée, représente une opportunité unique de revenir sur le devant de la scène à partir de 2010-2011. C'est dans moins de 4 ans, il est donc plus qu'urgent de remettre l'entreprise sur les bons rails...
Alors bonne chance Louis Gallois !
02 octobre 2006
Honnête et sarkoziste ?
Une fois n'est pas coutume, une petite blague reçue récemment, pour bien commencer la semaine...
Lorsque Dieu créa le monde, il décida de concéder deux vertus aux hommes de chaque peuple afin qu'ils prospèrent.
Par exemple il rendit :
- Les suisses précis et pacifistes
- Les anglais flegmatiques et ironiques
- Les japonais travailleurs et réalistes
- Les italiens joyeux et humanistes
Quant aux français, il dit :
« Les français seront intelligents, honnêtes et sarkoziens. »
Lorsque le monde fut achevé, l'ange qui avait été chargé de la distribution des vertus demanda à Dieu :
« Seigneur, tu as dit que tu octroyais deux vertus à chaque peuple, mais les français en ont trois. Est-ce pour cela qu'ils se placent au dessus des autres ? »
« En vérité, Je te le dis, chaque peuple a deux vertus y compris les français, car chacun d'entre eux ne pourra en posséder que deux à la fois. Ce qui veut dire que :
- si un français est sarkozien et honnête, il ne sera pas intelligent,
- s'il est sarkozien et intelligent, il ne sera pas honnête,
- s'il est intelligent et honnête, il ne peut pas être sarkozien. »