04 mars 2007
François Bayrou, feu de paille ou lame de fond ?
François Bayrou est sur un nuage depuis quelques jours. Semaines après semaines, un effet Bayrou semble se confirmer, à tel point que le phénomène Bayrou (à 19% dans certains sondages !) commence à inquiéter de plus en plus les états majors des deux principaux candidats, qui ont mis en place des cellules spéciales chargés de la porter la contradiction face aux centristes.
Pourtant, ce concept de troisième homme est loin d'être une nouveauté dans les campagnes présidentielles, et on se souvient qu'en 2002, certains ont pendant un moment parlé de Jean Pierre Chevènement au second tour, avant de finalement le voir finir péniblement sous la barre des 5%.
Et c'est vrai que la percée Bayrou rassemble tous les éléments d'un feu de paille. Un programme inaudible, en dehors d'un concept de dépassement du clivage droite gauche finalement peu applicable ; une progression qui s'explique également par la faiblesse des 2 candidats principaux, la peur qu'inflige l'activisme sarkoziste, et le dépit devant la faiblesse de Ségolène Royal ; enfin, une absence de troupes, de ralliements spectaculaire, ce qui ressemble fort au combat d'un homme solitaire, qui serait bien en peine pour constituer une majorité présidentielle une fois élu.
Par ailleurs, ce qui surprend est bien de constater que le candidat Bayrou rallie de plus en plus les suffrages des plus conservateurs, tous ceux souhaitent finalement le moins de changements possibles. A ce titre, le ralliement des professeurs traditionnellement socialistes en dit long sur ce qui pourrait constituer la ligne de Bayrou : en faire le moins possible pour faire le moins de vagues possibles. c'est le principal bilan des 4 ans de F Bayrou au poste de ministre de l'Education Nationale.
Ainsi une nouvelle fois, on voit un emballement de sondages favorables, qui entraînent une présence médiatique plus forte, qui elle-même renforce les sondages favorables…Le tout est de savoir combien de temps ce jeu va encore durer. Il est en effet peu probable que ce phénomène perdure, et on peut aisément imaginer qu'un vote utile dans les dernières semaines de campagne ramènera F Bayrou au niveau du socle naturel du centrisme, soit aux alentours de 8-10%...
Ceci dit, au-delà, la poussée de Bayrou, plus qu'une progression de l'extrême centre, révèle avant tout la faible adhésion que suscitent les deux principaux candidats, ce qui est d'autant plus surprenant qu'ils n'ont pas le handicap (d'ailleurs à tort) d'être considérés comme sortants…