07 mai 2007
Election de Sarkozy, victoire de la perséverance, défaite de l'improvisation...
Avec plus de 53% des suffrages, et une participation de plus de 85%, l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République est incontestable. On pourra toujours gloser sur la médiocrité de la candidature de gauche, les faits sont la, l'écart et considérable, et cette élection est légitime.
Et maintenant, quelle lecon en tirer, et surtout à quoi s'attendre ?
Parmi les leçons à en tirer, force est de constater que cette élection constitue une formidable récompense à la persévérance, à l'obstination et au travail. Voila quelqu'un qui annonce depuis près de 30 ans qu'il sera Président de la République, quelqu'un qui a mis tout en oeuvre pour y arriver, et qui est finalement parvenu au résultat attendu, et du premier coup ! Qu'on aime ou qu'on déteste, et sans porter de jugemnet sur le fond, on ne peut qu'admettre la remarquable performance du bonhomme, qui a méthodiquement mis tous les atouts de son côté, rassemblé son camps, éliminé tous ses adversaires, construit un projet, réduit le Front National à un score à 1 chiffre, et finalement largement battu sa principale opposante, sans avoir finalement jamais vraiment tremblé pendant cette campagne. De mémoire, la fanfaronnade il y a quelques semaines à la Réunion ("je commence à bien la sentir, cette campagne"), constitue sa seule véritable erreur dans cette campagne où pourtant il était attendu, et où son caractère agité aurait pu le faire trébucher plus d'une fois... Même hier soir, il a été digne, honnête, et a tenu de réelles paroles d'ouverture vers le monde, terminant par un croustillant "je ne vous trahirai pas", amusant quand on connait l'historique et la réputation qui lui colle à la peau.
Seconde leçon, quoi qu'on en dise, la candidature de Ségolène n'a pas convaincu et n'a pas fait bougé les lignes. Personnellement, après les primaires internes au PS où elle avait tellement distancé ses concurrents, je pensais qu'elle gagnerait haut la main cette élection (ca va d'ailleurs me coûter une bouteille de Dom Pérignon), tellement elle semblait en phase avec un dédir de renouvellement de la politique, de changement des hommes (elle était perçue d'ailleurs bien à tort comme "neuve"), des méthodes (la fameuse démocratie participative) et du style (une femme qui parle avec des mots simples, compationnelle). Au final, Ségolène a réalisé à peine plus de 2 points de plus que Jospin-Taubira-Chevènnement en 1995 (alors que la, justement c'était la droite qui était en position de sortant), et au deuxième tour, elle fait moins que Jospin en 1995, alors la également que la gauche étant en début de convalescence après son naufrage de 1993 et la faillitte de la fin de règne mitterandienne. Bref, alors même que cette élection apparaissait "imperdable", pour reprendre les termes de Fabius, elle l'a perdu, et même largement perdu. Une campagne ponctuée de nombreuses gaffes, une incapacité à susciter l'adhésion, et surtout une absence de projet construit et un sentiment d'improvisation permanent qui ne pouvait pas convaincre. Il n'y a pas eu de vent nouveau qui s'est levé, pas de mouvement en faveur de Ségolène, et il n'est qu'à voir les têtes de Fabuis et Strauss Kahn hier soir pour voir qu'elle peut désormais s'attendre à des prochains jours compliqués...
Au total, je ne crois pas que ce soit des valeurs de droite libérale qui aient permis l'élection. Celui qui a gagné, c'est celui qui a été le mieux préparé, qui a réussi le mieux à rassembler son camp (quitte à éliminer tous ses concurrents) , qui a construit un vrai projet avec des vrais mesures (et pas des promesses de faire des débats), certes contestables, mais qui ont eu le mérite d'exister et de permettre de susciter un débat. De nombreux électeurs (et j'en fais partie !) ont voté pour lui non pour approuver le projet, mais parce qu'ils avaient le sentiment de quelqu'un qui sait où il va, qui est prêt pour exercer la fonction. La plupart de ces gens auraint été prêt à voter à gauche, s'ils avaient eu l'impression d'une candidature crédible, et pas d'une candidate solitaire, imprévisible et, on doit l'admettre, qui posait un vrai problème de crédibilité !
Aujourd'hui la droite est au pouvoir pour au moins 5 ans. Ces leçons devront être bien assimilées par la gauche, sous peine de devoir se préparer à une très très longue cure d'opposition.
02 mai 2007
Avant le grand débat...
Alors que les deux candidats doivent être en train de s'echauffer la voix dans l'attente du grand combat de boxe qui aura lieu dans quelques heures, quelques réflexions sur l'évolution de ma perception de la campagne.
Plus ca avance, plus j'ai l'impression que Ségolène Royal s'affirme comme la condidate du conservatisme, contre le candidat du mouvement Sarkozy. Dans l'absolu, ce simple constat devrait sufire à orienter définitivement mon choix. Que va t'il se passer, en effet, si Ségolène est élue dimanche prochain ? Pendant 3 mois, une période d'euphorie sans nul doute, avec quelques lois symboliquement fortes (type sur les violences conjugales). Puis un mouvement social à la fin de l'année, et le retour aux réalités. Il faut construire l'Europe, il faut réduire les déficits, l'Etat ne peut pas tout, les grands équilibres, tout ca... Ca ne vous rappelle rien ? Décembre 1995 en fait, à ne proposre que des débats, des moratoires, des periodes de réflexions, au final, on ne se brouille avec personne, mais c'est au contraire le meilleur moyen d'enterrer les différents dossiers. 35 heures, régimes spéciaux, privatisation de Gaz de France, position vis-à-vis d'Airbus, on a beau guetter on ne voit aucune proposition, et à cet égard l'interview de Ségolène dans le monde d'hier est surréaliste.
Mais à côté de ca, ce qui est désespérant, c'est que je n'arrive pas à me décider pour Sarkozy. Ce qui me plait chez lui, justement c'est ce que je reproche à Royal. Il fait de la politique, il est interventionniste au plan économique (Alstom, Aventis), il sait faire preuve de pragmatisme, passer au dessus des idéologies (et notamment du libéralisme européen primaire, et surtout, il a contribué à réhabiliter le politique, à faire admettre que le politique pouvait encore faire quelque chose face au marché (que le contraste avec Jospin devant l'usine de Renault Vivoorde est cruel, d'ailleurs...). On sent que les choses peuvent bouger, que des sujets qui apparaissent bloquer depuis des années (ex régimes spéciaux) peuvent se débloquer par un volontarisme politique qui apporte une vraie bouffée d'oxygène à notre vie politique...
Et pourtant, l'homme est fondamentalement antipathique et apparait vraiment comme quelqu'un de dangereux. Même en s'affranchissant de la manipulation grossière du TSS d'extrême gauche, force est de constater que certains dérapages apparaissent comme totalement inadmissible. Ministère de l'Identité Nationale, réflexions grotesques sur la pédophilie et la génétique, et surtout une désagréable impression de confier les clés de la maison à quelqu'un d'imprevisible. Et ce ne sont pas les derniers clips totalement indecents et pathétiques de l'UMP qui me feront changer d'avis (cf http://www.dailymotion.com/video/x1tber_sarkozy-human-bomb) , ca arait plutot tendance à m'inquiéter... Comment peut on confier le pouvoir à quelqu'un qui justement ne connait que le rapport de force, et n'a toujours raisonné que comme ca ? A ce titre, les institutions seront elles suffisament solides pour résister à ce qui pourrait devenir une dictature de fait ?
Comme vous pouvez le constater, à ce stade, le choix est toujours aussi difficile, et je n'arrive pas vraiment à me décider
Espérons que le grand débat de ce soir aidera à éclairer un peu les choses !