07 mai 2007
Election de Sarkozy, victoire de la perséverance, défaite de l'improvisation...
Avec plus de 53% des suffrages, et une participation de plus de 85%, l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République est incontestable. On pourra toujours gloser sur la médiocrité de la candidature de gauche, les faits sont la, l'écart et considérable, et cette élection est légitime.
Et maintenant, quelle lecon en tirer, et surtout à quoi s'attendre ?
Parmi les leçons à en tirer, force est de constater que cette élection constitue une formidable récompense à la persévérance, à l'obstination et au travail. Voila quelqu'un qui annonce depuis près de 30 ans qu'il sera Président de la République, quelqu'un qui a mis tout en oeuvre pour y arriver, et qui est finalement parvenu au résultat attendu, et du premier coup ! Qu'on aime ou qu'on déteste, et sans porter de jugemnet sur le fond, on ne peut qu'admettre la remarquable performance du bonhomme, qui a méthodiquement mis tous les atouts de son côté, rassemblé son camps, éliminé tous ses adversaires, construit un projet, réduit le Front National à un score à 1 chiffre, et finalement largement battu sa principale opposante, sans avoir finalement jamais vraiment tremblé pendant cette campagne. De mémoire, la fanfaronnade il y a quelques semaines à la Réunion ("je commence à bien la sentir, cette campagne"), constitue sa seule véritable erreur dans cette campagne où pourtant il était attendu, et où son caractère agité aurait pu le faire trébucher plus d'une fois... Même hier soir, il a été digne, honnête, et a tenu de réelles paroles d'ouverture vers le monde, terminant par un croustillant "je ne vous trahirai pas", amusant quand on connait l'historique et la réputation qui lui colle à la peau.
Seconde leçon, quoi qu'on en dise, la candidature de Ségolène n'a pas convaincu et n'a pas fait bougé les lignes. Personnellement, après les primaires internes au PS où elle avait tellement distancé ses concurrents, je pensais qu'elle gagnerait haut la main cette élection (ca va d'ailleurs me coûter une bouteille de Dom Pérignon), tellement elle semblait en phase avec un dédir de renouvellement de la politique, de changement des hommes (elle était perçue d'ailleurs bien à tort comme "neuve"), des méthodes (la fameuse démocratie participative) et du style (une femme qui parle avec des mots simples, compationnelle). Au final, Ségolène a réalisé à peine plus de 2 points de plus que Jospin-Taubira-Chevènnement en 1995 (alors que la, justement c'était la droite qui était en position de sortant), et au deuxième tour, elle fait moins que Jospin en 1995, alors la également que la gauche étant en début de convalescence après son naufrage de 1993 et la faillitte de la fin de règne mitterandienne. Bref, alors même que cette élection apparaissait "imperdable", pour reprendre les termes de Fabius, elle l'a perdu, et même largement perdu. Une campagne ponctuée de nombreuses gaffes, une incapacité à susciter l'adhésion, et surtout une absence de projet construit et un sentiment d'improvisation permanent qui ne pouvait pas convaincre. Il n'y a pas eu de vent nouveau qui s'est levé, pas de mouvement en faveur de Ségolène, et il n'est qu'à voir les têtes de Fabuis et Strauss Kahn hier soir pour voir qu'elle peut désormais s'attendre à des prochains jours compliqués...
Au total, je ne crois pas que ce soit des valeurs de droite libérale qui aient permis l'élection. Celui qui a gagné, c'est celui qui a été le mieux préparé, qui a réussi le mieux à rassembler son camp (quitte à éliminer tous ses concurrents) , qui a construit un vrai projet avec des vrais mesures (et pas des promesses de faire des débats), certes contestables, mais qui ont eu le mérite d'exister et de permettre de susciter un débat. De nombreux électeurs (et j'en fais partie !) ont voté pour lui non pour approuver le projet, mais parce qu'ils avaient le sentiment de quelqu'un qui sait où il va, qui est prêt pour exercer la fonction. La plupart de ces gens auraint été prêt à voter à gauche, s'ils avaient eu l'impression d'une candidature crédible, et pas d'une candidate solitaire, imprévisible et, on doit l'admettre, qui posait un vrai problème de crédibilité !
Aujourd'hui la droite est au pouvoir pour au moins 5 ans. Ces leçons devront être bien assimilées par la gauche, sous peine de devoir se préparer à une très très longue cure d'opposition.
02 mai 2007
Avant le grand débat...
Alors que les deux candidats doivent être en train de s'echauffer la voix dans l'attente du grand combat de boxe qui aura lieu dans quelques heures, quelques réflexions sur l'évolution de ma perception de la campagne.
Plus ca avance, plus j'ai l'impression que Ségolène Royal s'affirme comme la condidate du conservatisme, contre le candidat du mouvement Sarkozy. Dans l'absolu, ce simple constat devrait sufire à orienter définitivement mon choix. Que va t'il se passer, en effet, si Ségolène est élue dimanche prochain ? Pendant 3 mois, une période d'euphorie sans nul doute, avec quelques lois symboliquement fortes (type sur les violences conjugales). Puis un mouvement social à la fin de l'année, et le retour aux réalités. Il faut construire l'Europe, il faut réduire les déficits, l'Etat ne peut pas tout, les grands équilibres, tout ca... Ca ne vous rappelle rien ? Décembre 1995 en fait, à ne proposre que des débats, des moratoires, des periodes de réflexions, au final, on ne se brouille avec personne, mais c'est au contraire le meilleur moyen d'enterrer les différents dossiers. 35 heures, régimes spéciaux, privatisation de Gaz de France, position vis-à-vis d'Airbus, on a beau guetter on ne voit aucune proposition, et à cet égard l'interview de Ségolène dans le monde d'hier est surréaliste.
Mais à côté de ca, ce qui est désespérant, c'est que je n'arrive pas à me décider pour Sarkozy. Ce qui me plait chez lui, justement c'est ce que je reproche à Royal. Il fait de la politique, il est interventionniste au plan économique (Alstom, Aventis), il sait faire preuve de pragmatisme, passer au dessus des idéologies (et notamment du libéralisme européen primaire, et surtout, il a contribué à réhabiliter le politique, à faire admettre que le politique pouvait encore faire quelque chose face au marché (que le contraste avec Jospin devant l'usine de Renault Vivoorde est cruel, d'ailleurs...). On sent que les choses peuvent bouger, que des sujets qui apparaissent bloquer depuis des années (ex régimes spéciaux) peuvent se débloquer par un volontarisme politique qui apporte une vraie bouffée d'oxygène à notre vie politique...
Et pourtant, l'homme est fondamentalement antipathique et apparait vraiment comme quelqu'un de dangereux. Même en s'affranchissant de la manipulation grossière du TSS d'extrême gauche, force est de constater que certains dérapages apparaissent comme totalement inadmissible. Ministère de l'Identité Nationale, réflexions grotesques sur la pédophilie et la génétique, et surtout une désagréable impression de confier les clés de la maison à quelqu'un d'imprevisible. Et ce ne sont pas les derniers clips totalement indecents et pathétiques de l'UMP qui me feront changer d'avis (cf http://www.dailymotion.com/video/x1tber_sarkozy-human-bomb) , ca arait plutot tendance à m'inquiéter... Comment peut on confier le pouvoir à quelqu'un qui justement ne connait que le rapport de force, et n'a toujours raisonné que comme ca ? A ce titre, les institutions seront elles suffisament solides pour résister à ce qui pourrait devenir une dictature de fait ?
Comme vous pouvez le constater, à ce stade, le choix est toujours aussi difficile, et je n'arrive pas vraiment à me décider
Espérons que le grand débat de ce soir aidera à éclairer un peu les choses !
23 avril 2007
Présidentielle 2007, mon analyse des résultats
Au lendemain d'une élection présidentielle qui délivre finalement des résultats à peu près conformes à ce qu'on attendait, quelles leçons tirer pour l'avenir et en particulier pour le second tour ?
Première chose à dire, le vote utile a joué à plein. Les petits sont laminé, quand je pense à Bové, qui pensait faire 10 il y a quelques mois, à Buffet à 1,5 (on l'oublie, le PC était à 16% en 81, quelle descente aux enfers !), Laguiller et le chasseur qui voient leur score divisé par 3, c'est impressionnant à quel point le syndrome 21 avril a joué à plein, il n'y a que le facteur qui surnage.
Sarkozy a fait une campagne propre, professionnelle, et on sent qu'il est bien préparé. C'est désespérant, mais il a réussi a faire une campagne ou tout en le détestant cordialement, on arrive à être contraint de voter pour lui. En fait, c'est ca son atout majeur, et ce qui a changé par rapport à avant. Je m'en souviens en 99 aux Européennes, on le détestait du coup on avait voté soit Pasqua, soit Bayrou, et il s'était retrouvé avec un misérable 12%. Mais la, en fait, l'alternative était limitée à Bayrou, et le fait que personne ne comprenne avec qui il pourrait gouverné ne l'a pas aidé. Quant à Ségolène, elle a tellement cristallisé les critiques que finalement elle n'a strictement rien récupéré sur sa droit... Sarkozy a quand même réussi un coup de maître en allant draguer les électeurs FN, il réussi à laminer Le Pen, en allant le chercher sur son terrain. Ethiquement c'est pas très propre, mais tactiquement c'est du grand art. Pour le FN, c'est a mon avis fini, je pense pas que Marine puisse durablement s'installer au dessus des 10%. il faut s'attendre à l'émergence d'une nouvelle force politique pour cristalliser la contestation, bien malin qui sait ou ca va se passer (pas au centre en tous cas, faut pas exagérer quand même...)
Bayrou, je l'ai trouvé sympa, hier soir, libéré, finalement il a presque réussi son coup. Bon malheureusement pour lui, c'était un quitte ou double, la il va se faire déplumer de tous ses députés et entamé une longue marche du désert, mais y avait du panache, je regrette presque de pas avoir voté pour lui...
Enfin, Ségolène a quand même eu beaucoup de mal, elle est d'un part pas futée, et d'autre part, elle était entouré de gens qui ne pensaient qu'à sa chute pour pouvoir se refaire en 2012. Au final, c'est déjà une belle perf qu'elle arrive à accrocher les 25%, elle fait 2 points de plus que Jospin, Taubira et Chevennement réunis en 2002. Elle a donc réussi son pari de représenter correctement la gauche. Par contre elle a échoué, et ca pour moi c'est une vraie surprise, à faire bouger les lignes et à prendre des électeurs en dehors du socle PS, sur ses conneries "je suis une femme, j'aime la démocratique participative et autres bétises"
Finalement on en revient quelque chose d'extrèmement classique après la double parenthèse fracture sociale en 95 (et Balladur qui oblige Chirac à se déporter à gauche) et 21 avril 2002. On bonne droite libérale à la con, bien lourde sur les valeurs travail et l'identité nationale, et une gauche archaïque, désunie et largement minoritaire dans le pays.
Pour le second tour, j'ai refait les comptes, je pense effectivement que c'est plié. Une gauche à 36% c'est historiquement faible, et on n'a jamais vu un camp gagner en rassemblant moins de 45% tout compris au 1er tour. A moins d'un TSS qui joue vraiment à plein, mais je n'y crois pas trop.
Enfin pour tous ceux qui s'interrogent, j'ai finalement décidé dans l'isoloir de voter Sarko (d'autant plus difficile que j'ai voté à 19 h 30 et que je connaissais déjà les résultats).
Dernier point, quelqu'un peut il m'expliquer ce que Tapie foutait sur les plateaux de télé ???? Quant à Eric Besson, quelle petite frappe, quand je pense que c'est lui l'auteur du brulot "l'inquiétant Monsieur Sarkozy" et que maintenant il se rallie avec armes et bagages..
04 mars 2007
François Bayrou, feu de paille ou lame de fond ?
François Bayrou est sur un nuage depuis quelques jours. Semaines après semaines, un effet Bayrou semble se confirmer, à tel point que le phénomène Bayrou (à 19% dans certains sondages !) commence à inquiéter de plus en plus les états majors des deux principaux candidats, qui ont mis en place des cellules spéciales chargés de la porter la contradiction face aux centristes.
Pourtant, ce concept de troisième homme est loin d'être une nouveauté dans les campagnes présidentielles, et on se souvient qu'en 2002, certains ont pendant un moment parlé de Jean Pierre Chevènement au second tour, avant de finalement le voir finir péniblement sous la barre des 5%.
Et c'est vrai que la percée Bayrou rassemble tous les éléments d'un feu de paille. Un programme inaudible, en dehors d'un concept de dépassement du clivage droite gauche finalement peu applicable ; une progression qui s'explique également par la faiblesse des 2 candidats principaux, la peur qu'inflige l'activisme sarkoziste, et le dépit devant la faiblesse de Ségolène Royal ; enfin, une absence de troupes, de ralliements spectaculaire, ce qui ressemble fort au combat d'un homme solitaire, qui serait bien en peine pour constituer une majorité présidentielle une fois élu.
Par ailleurs, ce qui surprend est bien de constater que le candidat Bayrou rallie de plus en plus les suffrages des plus conservateurs, tous ceux souhaitent finalement le moins de changements possibles. A ce titre, le ralliement des professeurs traditionnellement socialistes en dit long sur ce qui pourrait constituer la ligne de Bayrou : en faire le moins possible pour faire le moins de vagues possibles. c'est le principal bilan des 4 ans de F Bayrou au poste de ministre de l'Education Nationale.
Ainsi une nouvelle fois, on voit un emballement de sondages favorables, qui entraînent une présence médiatique plus forte, qui elle-même renforce les sondages favorables…Le tout est de savoir combien de temps ce jeu va encore durer. Il est en effet peu probable que ce phénomène perdure, et on peut aisément imaginer qu'un vote utile dans les dernières semaines de campagne ramènera F Bayrou au niveau du socle naturel du centrisme, soit aux alentours de 8-10%...
Ceci dit, au-delà, la poussée de Bayrou, plus qu'une progression de l'extrême centre, révèle avant tout la faible adhésion que suscitent les deux principaux candidats, ce qui est d'autant plus surprenant qu'ils n'ont pas le handicap (d'ailleurs à tort) d'être considérés comme sortants…
27 octobre 2006
Ségolène incorrigible...
Décidément, Ségolène Royal n'en finit pas d'innover, la dernière propositionen date n'étant rien de moins que de mettre en oeuvre des tribunaux populaires permettant de juger la classe politique structurellement malhonnête.
Cette proposition est à la fois mauvaise sur le fond, en ce sens qu'elle tourne le dos à tous les principes de la démocratie représentative, mais aussi sur ce qu'elle révèle de la façon dont Ségolène construit son projet.
Sur le fond, à part sous Robespierre et Saint Just, le mandat impératif n'a pas vraiment de précédant dans l'histoire de la République. Certes, et comme souvent avec les propositions de Ségolène, celle ci semble être une proposition de bon sens : intégrer des gens de tous milieux pour évaluer les politiques publiques, quoi de plus normal, et naturel. Pour autant on voit rapidement les dérives que portent ce démocratie du quotidien : le règne de l'urgence, la satisfaction permanente soit du plus grand nombre, soit du consensus mou, et surtout une classe politique incapable de prendre de la hauteur et de précéder les mouvements d'opinion, quitte à accepter temporairement de l'impopularité. Avec des jurys populaires, la peine de mort n'aurait jamais été abolie, pas plus que l'avortement légalisé.
Mais au delà même du fond, cette proposition est symptomatique de la démarche de Ségolène. Mardi, un sondage est publié dans la presse, qui indique que les français estiment leur classe politique en grande majorité corrompue. Le lendemain, Ségolène lance cette proposition dans la presse, sans aucune concertation, et prenant même toute son équipe de campagne par surprise, à tel point qu'on a pu entendre un Montebourg expliquer qu'il avait effectivement du mal à suivre par moment...
Bref au final, une mesure mauvaise et dangereuse, et surtout une méthode de gouvernement qui inspire de grandes craintes, tant elle s'inspire des mouvements d'opinion court terme. Plus la campagne avance, et plus les dangers de la démocratie participative sont mis en évidence. Est il encore temps d'arrêter le processus ?
15 octobre 2006
Sarkozy dans le texte
Jean Luc Porquet a rédigé un billet dans la rubrique "Plouf" du Canard Enchainé du 27 septembre dernier. J'espère qu'il me pardonnera de reproduire ici de larges extraits de ce billet, qui à mon avis est la meilleure illustration du danger porté par les discours du ministre de l'Intérieur. Le fil conducteur de l'article est d'imaginer un discours sarkoziste sur celui ci était ministre de la Justice et non ministre de l'Intérieur. Ne sont reproduits ici que quelques extraits de l'article.
" Il faut avoir le courage de le dire aux français, la police ne fait pas son travail ! Je ne jette pas la pierre à mon collègue ministre de l'intérieur, chacun agit selon ses compétences. Mais les faits sont la. Voyez les chiffres du "Figaro" qui établit le palmarès 2006 de la performance policière. La ville qui n'enorgueillit d'avoir les policiers les plus efficaces et Thionville. Et à Thionville, quel est le taux d'élucidation des crimes et délits ? 37,01%. Cela signifie que deux contrevenants sur trois se promènent librement dans la nature. [...] Je n'invente rien ce sont les propres chiffres de la Direction Centrale de la Sécurité publique. Croyez vous qu'une entreprise privée qui ait des résultats aussi désastreux aurait pignon sur rue ? Non, elle aurait fait faillite depuis longtemps. Elle aurait mis la clé sous la porte !
Alors je pose la question : pourquoi ? Pourquoi cet échec ? Parce que la police a démissionné. Parce que la police est laxiste. Qu'est ce que je lis dans le même "Figaro" ? Je lis l'interview d'un commissaire de Grenoble. Le brave homme explique comment il a réussi à être un peu plus efficace. Je cite : "80% des policiers grenoblois ont vu leurs horaires de travail modifiés, pour coller aux heures de présence des délinquants, notamment le soir et durant les week ends, jusqu'à deux heures du matin". Oui, vous avez bien lu, les flics grenoblois viennent de découvrir que les délinquants bossent surtout le soir et le week end ! Du coup ils ont "adapté leurs heures de présence" à celles des délinquants ! Mais il faut avoir le courage de le dire aux Français : c'est le signe que les policiers ne sortent plus de leurs bureaux. Comment voulez vous que les magistrats fassent respecter la loi si les policiers ne leur amènent pas les contrevenants à la loi ? Les magistrats ne peuvent pas faire tout, tous seuls. Il faut avoir le courage de le dire aux Français !
Quelle leçon tirer de ce texte en dehors de féliciter Jean Luc Porquet pour ses talents rédactionnels ? La principale est qu'il est particulièrement facile de s'appuyer sur le prétendu bon sens paysan du Français moyen pour construire un discours primaire, démagogique, et désespérément stérile en terme d'efficacité.
Pendant la campagne présidentielle, chaque discours, chaque déclaration de Nicolas Sarkozy devra être scrupuleusement analysé au regard de l'article ci-dessus. Espérons que nous serons suffisamment nombreux pour réaliser ce décryptage indispensable à un vote en connaissance de cause...
02 octobre 2006
Honnête et sarkoziste ?
Une fois n'est pas coutume, une petite blague reçue récemment, pour bien commencer la semaine...
Lorsque Dieu créa le monde, il décida de concéder deux vertus aux hommes de chaque peuple afin qu'ils prospèrent.
Par exemple il rendit :
- Les suisses précis et pacifistes
- Les anglais flegmatiques et ironiques
- Les japonais travailleurs et réalistes
- Les italiens joyeux et humanistes
Quant aux français, il dit :
« Les français seront intelligents, honnêtes et sarkoziens. »
Lorsque le monde fut achevé, l'ange qui avait été chargé de la distribution des vertus demanda à Dieu :
« Seigneur, tu as dit que tu octroyais deux vertus à chaque peuple, mais les français en ont trois. Est-ce pour cela qu'ils se placent au dessus des autres ? »
« En vérité, Je te le dis, chaque peuple a deux vertus y compris les français, car chacun d'entre eux ne pourra en posséder que deux à la fois. Ce qui veut dire que :
- si un français est sarkozien et honnête, il ne sera pas intelligent,
- s'il est sarkozien et intelligent, il ne sera pas honnête,
- s'il est intelligent et honnête, il ne peut pas être sarkozien. »
28 septembre 2006
Retrait de Jospin, victoire de la démocratie d'opinion ?
Depuis ce matin, la route de la candidature à l'élection présidentielle semble s'être sérieusement dégagée pour Ségolène Royal, avec l'annonce du retrait de la course à l'investiture de Lionel Jospin.
A plusieurs égards, on ne peut que se réjouir de ce retrait qui semble cette fois bien définitif. Un âge avancé (69 ans), le reniement d'une annonce présentée comme irréversible le 21 avril 2002, une aspiration légitime à faire émerger une nouvelle génération, et un risque de relancer la guerre au PS sont autant de raisons qui justifient ce retrait que beaucoup de responsables socialistes ont qualifié de "sage".
Pour autant, la désormais probable victoire de Ségolène Royal au sein du PS laisse effectivement présager des lendemains bien difficiles pour le PS. En se mettant délibérément en marge de l'appareil socialiste, Royal a choisi de s'adresser directement à l'opinion, et compte sur les sondages pour forcer la main des militants (méfions nous toutefois, on a pu voir lors du référendum sur la constitution à quel point les militants pro oui pouvaient être en décalage avec les sympatisants auprès desquels le Non a été largement majoritaire).
De même, Ségolène Royal se méfie des idéologies, et préfère faire l'apologie du pragmatisme, du bon sens et du "terrain". De ce fait, la pensée idéologique de Ségolène n'est pas un corpus idéologique cohérent, mais un patchwork d'idées prises ça et la, et déconnectées les unes des autres sans tenir jamais compte des interdépendances pouvant exister entre différentes mesures.
Au total, on voit bien tout les dangers de cette apologie de la démocratie d'opinion. En faisant la part belle aux sondages, elle condamne l'homme (ou la femme en l'occurence) politique à n'être qu'un suiveur des mouvements d'opinion à court terme. D'autre part, elle empêche de pouvoir évaluer la vision d'ensemble d'un programme où chaque mesure doit être prise et évaluée individuellement... De ce fait, elle retire toute légitimité à l'homme politique pour être celui qui propose une direction, indique un chemin, et participe au renforcement de la maturité de la démocratie.
En cela, la candidature de Ségolène Royal semble représenter un véritable danger pour l'évolution du débat démocratique. Gageons que les militants du Parti Socialiste seront assez lucides pour refuser cette voie, faute de quoi ce sera aux français de le faire...
30 août 2006
Dépolitisation du Smic, un nouveau recul de la démocratie
Selon un article de La Tribune du jour, le Medef a proposé, à l'occasion de son Université d'Eté, de modifier le mode de fixation du Smic, pour le confier à une commission indépendante du pouvoir politique. Cette commission serait ainsi susceptible d'être à l'abri des contingences politiques et de la démagogie des responsables politiques, en particulier en période pré-électorale. Le principal impact serait donc de fixer le smic à partir de critères techniques, ce qui conduirait naturellement à limiter les fameux "coups de pouce" des différents gouvernement. Ainsi une nouvelle fois, le Medef reprend à son compte la théorie des nouveaux classiques, qui préconise de sortir le maximum de pouvoir du champ politique pour le confier à des instances indépendantes. C'est déjà ce qui avait abouti à la création de la Banque Centrale Européenne, qui est dans ses statuts totalement autonome pour piloter la politique monétaire européenne.
Le problème, c'est qu'à force de rogner ainsi sur le pouvoir du politique, au nom d'un principe de "réalité unique", c'est la démocratie qui est ainsi attaquée. Moins le politique a de pouvoir sur l'économie, moins le vote a d'intérêt, puisque la nouvelle personnalité élue n'aura plus la moindre marge de manœuvre pour mettre en œuvre son programme…
Comme pour la politique monétaire, il est faux et dangereux de dire que le SMIC peut se fixer sur des critères techniques. Ce sont à l'inverse des choix politiques, qui ont un impact sur la répartition des richesses entre les catégories de citoyens, qui guident ce type de décision. Un gouvernement démocratiquement élu doit être libre, au nom du peuple, de modifier le SMIC, à la hausse comme à la baisse, ça fait partie du champ démocratique !
A l'inverse, espérons que la campagne présidentielle qui s'annonce sera l'occasion d'un véritable débat sur le périmètre du champ politique et son rayon d'action. Ce débat est d'ailleurs d'autant plus fondamental que plus ce champ se rétrécit, plus les campagnes électorales vont par nature tomber dans la démagogie, puisque les politiques n'auront plus de pouvoir pour changer les choses…
16 mai 2006
L'UDF dans l'opposition...
Ca y est le président de l'UDF a franchi un pas majeur en décidant de voter la censure du gouvernement Villepin. Sans que ce choix soit véritablement une surprise, il marque une nouvelle étape dans la stratégie d'autonomie revendiquée par l'UDF vis-à-vis de l'UMP.Plus globalement, il marque l'entrée en campagne du président de l'UDF, qui a décidément décidé de tout miser sur l'élection suprème, quitte à sacrifier l'ensemble du groupe parlementaire. Les députés ne s'y sont d'ailleurs pas trompés puisque la moitié du groupe semble ne pas devoir suivre l'orientation préconisée par son président... Et en effet pour un député élu sous l'étiquette majorité présidentielle, la démarche de passage dans l'opposition va être compliquée à expliquer à ses électeurs, et nul doute que tous ceux qui auront voté la censure se verront opposer un candidat UMP.
Alors stratégie audiacieuse ou suicide collectif ? On se souvient qu'en 1973, Giscard avait justement réussi à autonomiser son parti, et avait trouvé sa place à l'élection présidentielle, entre les mastodontes gaullistes et socialistes. Pour autant, il avait bénéficié de circonstances exceptionnelles, avec la trahison d'une partie des gaullistes (derrière Chirac, tiens tiens, comme on se retrouve), un parti socialiste empetré dans ses relations avec les communistes, et un gaullisme en fin de règne.
En 2007, Bayrou devra faire face à une UMP entièrement soudée derrière son chef (on n'imagine pas les villepinistes tenter quoi que ce soit, désormais...), et un parti socialiste remis en selle par les difficultés du gouvernement.
Ainsi faute de circonstances exceptionnelles, qui arriveraient à bouleverser les clivages, la stratégie de François Bayrou ressemble bien à un champ du cigne, avant la disparition définitive de l'UDF. Son seul espoir de survie semble être l'introduction d'une dose de proportionnelle aux législatives. En définitive, peut être est ce l'essentiel de l'objectif visé, à savoir peser suffisament à l'élection pour monayer son soutien contre cette mesure...